James Crumley, Le dernier baiser. Un écrivain à sortir de l'oubli

Un écrivain mythique

Disparu en 2008, James Crumley a laissé une dizaine d’ouvrages derrière lui, reflet d’un talent magnifique limité malheureusement par le chaos d’une vie tumultueuse. De la même génération que le grand James Lee Burke, Crumley a hanté les bars de l’Ouest de l’Amérique, cherchant probablement à exorciser pas mal de démons. Pour le besoin de ses romans, il a créé deux personnages, les détectives Milo (personnage central de Fausse Piste) et C.W. Sughrue, qui apparaît ici dans Le dernier baiser, réédité avec soin par les éditions Gallmeister.

Une mission pas si facile

Sughrue a été engagé pour retrouver la trace d’Abraham Trahearne, écrivain à succès. Il le déniche en train de boire comme un trou dans un bar miteux de Californie. Après une bagarre avec des poivrots, Sughrue est engagé par la tenancière du bar pour retrouver sa fille Betty, disparue depuis une dizaine d’années. L’écrivain alcoolique insiste pour l’accompagner dans son enquête et Sughrue, qui le trouve sympathique, accepte. Il retrouve des acteurs du passé de Betty, qui semble cependant insaisissable. Pendant ce temps, les femmes de Trahearne attendent avec impatience son retour pour qu’il se remette à écrire…

Un univers noir et envoûtant

« Lorsque enfin je rattrapai Abrahan Trahearne, il buvait de la bière en compagnie d’un bulldog alcoolique, du nom de Fireball Roberts dans un bar décati juste à côté de Sonoma, en Californie – il buvait, consciencieusement, la sève d’un bel après-midi de printemps. »

Ah ce bulldog alcoolique ! On retrouve Le dernier baiser, lu il y a une quinzaine d’années, avec un plaisir immense. La nouvelle traduction permet d’apprécier pleinement le talent de Crumley, petit frère de Jim Harrison et digne héritier de Raymond Chandler, qui excelle à peindre des atmosphères poisseuses et obsessionnelles. Et aussi les femmes. Ah les femmes ! Chez Crumley, elles sont superbes, tentatrices et séductrices, hantées par un passé qui ne s’oublie pas. On salue les illustrations de Thierry Murat, qui s’insèrent bien dans le récit. Du grand art, vraiment.

Sylvain Bonnet

James Crumley, Le dernier baiser, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Mailhos, illustré par Thierry Murat, Gallmeister, février 2017, 384 pages, 23,50 €

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