Alcools : le cubisme poétique d’Apollinaire & Marcoussis

Le 9 novembre 2018 marque le centenaire de la mort d’Apollinaire, à cette occasion Gallimard publie simultanément trois OVNI littéraires dont le premier est un fort joli coffret qui contient le fac-similé de l’exemplaire d’Alcools aquarellé par le peintre cubiste Louis Marcoussis, 40 eaux fortes inédites gravées par l’artiste ainsi qu’une étude sur cet ouvrage, écrite par Jean-Marc Chatelain, directeur de la réserve des livres rares de la BnF.

Finalement, il n’y aura pas que Picasso et Braque qui auront été marqué par le cirque Médrano, endroit préféré des pensionnaires du Bateau-Lavoir : dans leur sillage, un jeune Polonais arrivé à Paris quelques années plus tôt, se laisse aussi infléchir. Ludwik Markus succombe à la tentation cubiste… Il rencontre le duo infernal, puis Apollinaire, mais son couple n’y résiste pas, Picasso séduit sa compagne et ce qui aurait dû l’atterrer le libère, il s’investit plus dans sa peinture, délaisse les commandes des grands journaux qui lui mangeaient littéralement tout son temps, comme Villon et Kupka, et s’enflamme pour sa seule et véritable vocation de créateur : la peinture.
Entre alors en scène Apollinaire qui lui conseille de franciser son nom : il choisira celui d’un petit village du Hurepoix, au cœur de l’Île-de-France.
Ainsi la Pologne nous aura donné Wilhelm de Kostrowitzky devenu Guillaume Apollinaire, puis Marcoussis, et Pérec un peu plus tard plus tous ceux qui ne francisèrent point leur nom mais œuvrèrent en France comme Cieslewicz

Est-ce la compagnie d’Apollinaire, toujours est-il que Marcoussis deviendra le chouchou des poètes, ami d’Éluard, Jacob ou Reverdy, il les accompagnera dans l’étude des liens à tisser entre l’univers du langage poétique et la langue des images. Alcools, à ce titre, est la pièce maîtresse de cette quête autour du mystère de la création : recueil essentiel qui ne quittera jamais Marcoussis, toujours à le lire et relire, y décortiquer des passages inspirant pour tenter de l’illustrer en pénétrant au cœur de l’imaginaire d’Apollinaire. Deux cycles vont se concrétiser : ce fameux exemplaire de 1913 ici reproduit, entièrement rehaussé d’aquarelles (entre 1919 et 1931), et une suite de gravures à l’eau-forte publiée en 1934, conservée à la BnF, (reproduites dans l’enveloppe sise dans le coffret)
Deux œuvres d’une grande rareté : la première est unique, la seconde tirée à très petit nombre pour quelques grands collectionneurs.

Remarquable réalisation technique qui nous met en mains ce livre unique où tous les détails sont repris, jusqu’aux annotations au crayon sur la page de titre ; la couverture d’époque, les marque d’usure du temps…
Une grande émotion à sa lecture comme à la découverte des aquarelles qui enluminent la poésie typographiée à Tours, en 1913.



François Xavier

Guillaume Apollinaire, Alcools – fac-similé de l’exemplaire aquarellé par Louis Marcoussis, coffret contenant deux ouvrages brochés + une enveloppe contenant 40 gravures, Gallimard, octobre 2018, 540 p. – 35 €

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