La Maison sous la terre de Chloé Delaume

À l'occasion de la parution de son nouveau roman,
Dans ma maison sous la terre, aux éditions du Seuil, Chloé Delaume a bien voulu se prêter au questionnaire que voici :


B comme BASCULE : Comment et pourquoi le projet s'est amorcé ?

À la lecture d’une nouvelle graphique de Jean Teulé, L’Amour de Monsieur Armand, j’ai eu envie de travailler sur un vivant épris d’une morte. La relecture de La Maison des morts d’Apollinaire allait dans ce sens là aussi.

Initialement, le projet ne contenait pas d’autofiction, ça devait être une sorte de requiem, composé par le chœur des morts. Et puis j’ai été rattrapée par mon histoire personnelle. J’ai écrit sur mes propres morts et des morts
fictifs, finalement.


O comme ORAISON : Quelles forces et auteurs avez-vous invoqué pour en bâtir les fondations ?

J’ai puisé en moi, cette fois ci. Mais il y a des cuts, des citations, des détournements. Racine, Jean-Jacques Schuhl, Apollinaire, un passage du Colonel Chabert de Balzac, aussi.


O comme OPÉRATION : Quelle méthode de travail ?

Ça a été un long chantier, assez lourd. J’ai d’abord construit la structure, puis définit l’histoire et la psychologie de chaque personnage pour trouver sa voix. Je suis allée en quête de témoignages sur le deuil, les enterrements, je me suis renseignée sur les nouvelles façons de gérer le corps des défunts. Je suis passée à la phase d’écriture une fois que j’avais engrangé tous mes matériaux.


J comme JUBILATION : À quel moment avez-vous senti que l'œuvre prenait consistance et justification ?

Quand j’ai terminé le livre, que j’ai relu le manuscrit entièrement. Tant que j’étais en immersion, je n’étais pas sûre que ça fonctionne, parce qu’il y a beaucoup de paramètres, de narrations secondaires qui nourrissent la trame principale. Je n’étais pas du tout sereine, je n’étais pas sûre d’arriver à fabriquer ce que je voulais, j’avais une idée très précise du résultat, je redoutais d’avoir été trop ambitieuse. Surtout que ce que je recherchais, dans ce chantier-là, c’était la fluidité.


U comme UTILITÉ : Quel impact a eu l'écriture de ce livre sur votre identité d'artiste et d'humain ?

C’est un livre très important pour moi, du point de vue de ma construction identitaire. J’ai définitivement enterré mon ancien Moi, réglé le problème du deuil, aussi. C’est un roman qui m’a apporté autant, si ce n’est plus, que Le Cri du Sablier.

M comme MAINTENANT ?

Je travaille avec la comédienne Anne Steffens, et le metteur en scène Hauke Lanz sur une pièce de théâtre que j’ai écrite, Eden matin midi et soir. Ça sera joué en mars à la Ménagerie de Verre, dans le cadre du Festival Etrange Cargo. J’ai commencé un nouveau roman, aussi, Juste après Cassiopée. Je dois aussi rendre un essai sur l’autofiction pour la collection « Travaux Pratiques » aux PUF.

Propos recueillis par Loïc Di Stefano


1 commentaire

Merci pour cette interview très intéressante.