Eugen Ruge, "Quand la lumière décline" : politique malgré lui

L’histoire est confuse, comme toutes les vraies histoires : c’est celle d’Allemands exilés au Mexique, Charlotte et Wilhelm, qui décident en 1952 de regagner l’Europe pour participer à la construction du communisme dans la République démocratique allemande ; ils y seront rejoints par leur fils Kurt, qui rentre, lui, de Sibérie avec sa femme Irina, et leur petit-fils Alexander. Une lumière de plus en plus crépusculaire les baigne : c’est celle du titre, celle du communisme.
Un contraste oppressant éclate par moments entre la vie sous le communisme et la vie elle-même. Car cette lumière était fausse.
Il en va autrement pour Alexander, car il ne lui reste que peu de temps à vivre.
Mais peu à peu, tout va s’effondrer. Et l’on ne peut se retenir de penser, à la dernière page, quand le bruit de la mer recouvre tous les autres, que ces gens n’ont pas eu la chance de vivre. On le devinait d’ailleurs, dès le premier chapitre, quand Alexander s’occupait de son grand-père alzheimerien.
Couronné par le Prix du Livre allemand en 2011, ce roman est sans doute politique, mais il l’est malgré lui. C’est ce qui contribue à sa force. Sans doute comporte-t-il des éléments autobiographiques, car Ruge est né dans l’Oural en 1954, et il a fui à l’ouest en 1988.
Gerald Messadié
Eugen Ruge, Quand la lumière décline, Trad. Pierre Deshusses, Les Escales, août 2012, 423 p., 22,95 €
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