La Disparition du monde réel, le délitement progressif des raisons d'exister

Comme dans son précédent roman, Pertes Humaines (Arléa, 2006) qui faisait le décompte inattendu des amis perdus au fil des ans sous forme de fiches, c'est le moment de la perte qui est au centre de La Disparition du monde réel. Et tout est déjà terminé dès l'incipit. A la manière du Flaubert de l'Education sentimentale qui ne fait que promener ses deux principaux personnages autour de l'échec initial de leur dévergondage raté, La Disparition du monde réel de Marc Molk est un délitement progressif des raisons d'exister du narrateur. Un narrateur interpellé au "vous" qui vit un nouvel été dans le mas où tous les amis ont l'habitude de se retrouver.

"Quoi qu'il advienne de tous vos fantasmes, vous restez amoureux du vent et des choses simples. C'est ce qui vous sauve. Est-ce l'été ? Vous observez vos amis et vous réalisez qu'ensemble vous formez le morceau de quelque chose qui vous dépasse et dont la mélodie ne disparaîtra jamais."

Le réel disparaît positivement lors de la pause estivale. Mais ce moment d'oisiveté est aussi l'occasion de laisser réapparaître ses propres démons et de voir ses amis se déliter dans leurs mensonges. Le démon du narrateur, c'est A., qu'il a passionnément aimée. Et le roman progresse, prend de l'intensité au fur et à mesure que le drame annoncé va faire tout imploser, les notations vont passer des décors et des accessoires aux intériorités, aux drames qui s'extériorisent et alourdissent le ciel qui jusqu'alors éclairait les amis. Les coucheries, les romances ratées, les vieux camarades qui ne peuvent pas croiser un regard car quelque chose est advenu... 

Servi par une très belle écriture, des moments caustiques et des envolées grivoises, ce roman de la perte, de la désillusion d'exister est aussi une recherche de la vérité, une lutte intérieure contre le poids des décors et des habitudes. Une manière d'exercice de purification qui, pour permettre de nouveau de coïncider avec soi-même, rend nécessaire des sacrifices. 


Loïc Di Stefano

Marc Molk, La Disparition du monde réel, Buchet Chastel, "qui vive", mars 2013, 155 pages, 15 eurs

3 commentaires

Pertes humaines, le premier livre de cet auteur, était un ovni inoubliable. Je vais me jeter sur celui-ci. Merci pour votre chronique. 

Comment peut-on concevoir  des couvertures aussi moches ? On dirait celle d'un ouvrage de BTS  gestion... pas d'un roman en tout cas. Souvent, de bons romans, de grands auteurs, passent inaperçus à cause d'une simple couverture bâclée comme celle-ci, qui, reconnaissons-le, n'engage pas à acheter le livre... encore moins à l'offrir. Non, ce n'est pas un détail, un livre  est aussi un bel objet. L'éditeur devrait s'excuser auprès de l'auteur...

Il y a quelques années j'avais proposé pour un autre magazine le Prix de la couverture la plus moche, mais je ne crois quand même pas que celui-ci aurait pu concourir, tant il en est de pire. Ensuite, tous les livres de cette collection sont sur le même modèle, c'est un choix éditorial, esthétique, qui répond sans doute à des critères que nous ne comprenons pas...