Le cercle de Farthing, les beaux jours de l'uchronie


Et si...


 Née en 1964, Jo Walton, auteur  peu connue en France a été révélée au public français par Morwenna. Avec ce roman,  elle a remporté un grand succès public et a accompli l’exploit de cumuler les prix Hugo et Nebula. Pour autant, Walton s’était déjà fait connaître outre-manche avec une trilogie uchronique dont Le cercle de Farthing  est le premier volet. L’hypothèse de départ est simple : Que se serait-il passé si la Grande-Bretagne avait conclu la paix avec le IIIième Reich en 1941 ?

 

Comme dans toute uchronie, ce postulat de base repose sur des faits historiques : dans les deux premières années de la guerre, les appeasers étaient toujours au gouvernement et Winston Churchill a dû composer par exemple avec Lord Halifax, qui pencha longtemps pour une paix de compromis, sans compter que de nombreux membres de l’aristocratie anglaise avaient eu longtemps un « faible » pour le maître du Reich : citons Oswald Mosley, les sœurs Mitford et surtout l’ancien roi Edward VIII dont il est avéré qu’il a transmis aux nazis des secrets militaires britanniques ! Jo Walton se base donc sur des bases crédibles (elle s’est indéniablement bien documentée) pour bâtir son roman. Reste maintenant à voir si le jeu en vaut la chandelle.

 

Prisonniers du cercle 

 

Lucy part retrouver sa famille au domaine Eversley pour un weekend de chasse et de fêtes. Depuis peu, elle est devenue le mouton noir de la famille : elle a en effet choisi d’épouser David Kahn, un ancien camarade de son frère tué à la guerre, qui se trouve avoir un défaut majeur aux yeux de sa mère : être juif. A la fête organisée par ses parents est invité sir James Thirkie, l’homme qui a conclu la paix avec Hitler. Lorsque Thirkie est retrouvé assassiné, David se retrouve instantanément suspect au grand dam de sa femme. L’inspecteur diligenté par Scotland Yard, Carmichael, doute cependant de la culpabilité par trop évidente du « juif David »: et s’il était victime d’un complot ? Reste à en définir les mobiles. Les choses se compliquent lorsque Lucy et son père sont victimes d’une tentative d’assassinat…

 

L’art de Walton

 

Jo Walton a choisi de nous raconter comment des gens pris au piège d’une enquête criminelle (d’une certaine façon, Le cercle de Farthing est aussi un roman de détection, genre dans lequel s’est illustré Agatha Christie) pouvaient réagir à l’instauration du fascisme en Angleterre. Elle a choisi une narration qui alterne entre la première personne (Lucy) et la troisième personne (l’inspecteur), entre un point de vue intime (Walton excelle à retranscrire les drames intérieurs de Lucy) et un œil extérieur, celui de Carmichael, qui va mettre au jour la conspiration derrière le meurtre… Là où la technique devient art, c’est qu’on referme le livre avec une seule envie : connaître la suite. Ici, il n’y a pas de lourdeurs, pas de « trucs » qui pourrait excéder un critique dont la vigilance est en éveil : Le cercle de Farthing est une réussite incontestable.

 

Sylvain Bonnet

 

Jo Walton, Le cercle de Farthing, Gallimard folio SF, traduit de l’anglais par Luc Carissimo, mars 2017, 352 pages, 21,50 €

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