Interview. Katia Valère. De la chanson aux romans

Dès l'âge de 16 ans, Katia Valère embrasse la carrière de chanteuse de variété française... Après de nombreuses tournées au Moyen-Orient et une carrière à Paris, les voyages, les rencontres et les nombreux rebondissements qui ont rythmé sa vie lui ont insufflé un désir de liberté qu'elle exprimer à travers ses romans intimes.

 

Après plusieurs romans de fiction, d’où vous est venue l’idée, l’envie, de raconter votre parcours ?

Jusque-là, je n'écris pas de roman de fiction, je pars toujours sur une histoire vécue, particulièrement dans ma famille. Bien entendu, les événements se romancent avec l'histoire. Quand à mon parcours... il est vrai que j'avais envie d'en parler, comme une sorte de finition, peut être que dans ma tête il n'était pas terminé. J'éprouvais aussi le besoin de repasser par le chemin difficile que j'avais vécu étant très jeune, et en l'écrivant, même si je n'ai retracé que le minimum, je me disais que j'avais parcouru un sacré chemin. Je m'en étonne encore parfois, parce qu'avec ma sensibilité il n'était pas simple de ressurgir constamment aux blessures. J'ai écrit aussi ce livre dans un but précis : celui de montrer à des jeunes filles qui veulent se lancer dans cette carrière qu'il faut beaucoup de volonté, de l'honnêteté pour ne pas tomber dans des compromis et que les coups de chance sont très rares, peu de grandes réussites, beaucoup de feux-follets, et beaucoup de sacrifices lorsqu'on tente d'aller le plus loin possible. Pour clore, ce sont des métiers dangereux pour le repos du cœur. Rien ne vaut un grand amour !

Vous apparaissez sous le prénom d’Edna. Est-ce à dire que c’est une vie romancée ou racontez-vous la stricte vérité ?

Le prénom est bien entendu emprunté, puisque je m'appelle Katia et qu'en somme je n'avais pas trop envie que l'on me pose la question : « Est-ce votre vie ? » Oui, je raconte toute la vérité, même dans mes amours, puisqu'ils sont décédés. Je ne pense pas qu'ils auraient été blessés que je parle d'eux, au contraire, pour moi, c'est une façon de les perpétuer dans ma vie et de rendre hommage à leurs qualités d'hommes qu'ils ont été envers moi. Quant au métier, tout est vrai. J'ai seulement atténué des situations, des personnages que je préférais taire. Pas de regrets, surtout pas d'amertume, cette vie m'a beaucoup appris, et d'une certaine façon, elle a élargi et enrichi ma personnalité. La seule chose que je pourrais éventuellement regretter, c'est que cette vie m'a laissée très méfiante.

De votre vie de chanteuse, quels sont les moments les plus forts que vous retenez ?

Je ne vous parlerai pas des émotions avant de rentrer en scène quel que soit l'endroit, c'est toujours pareil, le trac qui vous dévore... Il y en a beaucoup, ce sont souvent des moments fugaces, indescriptibles de sensations ! Un moment peut-être. Ou, lors d'un concert avec les Chats sauvages, les micros sont tombés en panne... Plus de guitare électrique, plus de voix... Je fus la seule à pouvoir chanter sans micro ! Le chant classique a quand même eu du bon, car ma voix passait très bien dans la grande salle qu'était L'Alcazar à Marseille. J'étais très fière... Un jour je faisais une radio où Aznavour était la vedette, il vient vers moi et me dit : « Comment vous vous appelez ? Je m'appelle Katia... Oh, me dit-il comme ma fille. » Ainsi, grâce à mon prénom, nous avons bavardé ensemble. Et puis, lors de ma présentation à Charles Trenet. Nous devions nous rendre dans la loge du théâtre où il se produisait. L'imprésario va le prévenir que nous étions là. Il sort de sa loge en caleçon, en chantant fort « Katia Valère... Katia Valère... et Tous les hommes se cavalèrent... », content de son jeu de mots. Je ne savais plus où me mettre... Quelques moments drôles... Une radio, une nuit dans un cabaret avec Jean Marais, adorable homme. Il y avait une Américaine qui tenait absolument à aller sur ses genoux en disant : « Oh Joanot, I love you », je vous laisse deviner le reste... ll y en a beaucoup d'autres et ce serait trop long à dire. Mon premier contact aussi avec Jacques Brel, un soir où il jouait L'Homme de la Mancha. Il sortait de scène, je croyais qu'il avait pris une douche... non, il perdait chaque soir 1 ou 2 kg de transpiration tellement le rôle était épuisant.

Après votre carrière de chanteuse, qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’écrire ?

J'ai toujours pensé qu'un jour j'écrirais. Petite, je remplissais des cahiers de poèmes, je n'ai jamais été terrible à l'école, sauf en Français, dès qu'il y avait des compositions je me donnais pleinement. Le reste m'intéressait fort peu, c'est pour ça que je ne sais pas compter, disait ma douce mère... Je me disais aussi : quand je serai vieille, j'aurai le temps de réfléchir et j'écrirai... Voilà... Le moment est venu ! Comme quoi il n'y a pas d'âge pour se donner un but...

En général, dans votre production littéraire, quelles sont vos sources d’inspiration ?

Au départ, ma famille. Elle est très vieille, l'arbre généalogique remonte à 1200. Vous ne croyez pas qu'il y a toujours des histoires de famille à raconter ? J'aime les histoires de cœur parce que je suis une sentimentale, je plains les jeunes qui cherchent l'amour sur Internet, mais cela pourrait aussi me donner des idées ! La société actuelle me déboussole un peu, j'ai de la peine à vivre ce que nous vivons, je regrette que nous oubliions trop souvent les valeurs fondamentales, la charité et le respect des autres, et j'en passe. 

Êtes-vous une grande lectrice ? Quels sont les livres qui vous ont façonné, fabriqué ? Et quels sont ceux qui vous accompagnent aujourd’hui ?

Non, je ne suis plus une grande lectrice, je me culpabilise, je n'ai jamais assez de temps, je me consacre à ma famille qui elle aussi est grande, fils, petits-enfants, mari... bien sûr, très exigeant. Si, je m'absente quand il est là, il me dit : « Tu vas où ? » Même si je bouge dans l'appartement... Il faut que je sois toujours présente, alors ? Vous vous rendez compte ? Quel est mon temps à moi ? Les livres qui m'ont façonné je vais vous donner les auteurs parce que j'en ai beaucoup lu de chacun lorsque j'étais jeune. Les principaux sont : Victor Hugo, Flaubert, Maupassant, Balzac, George Sand, Lamartine, Émile Zola, Dumas père, etc. Mais vous trouveriez aussi chez moi de la littérature russe, Dostoïevski, Tolstoï, Tchekhov. Incontournable !

Qui trouve-t-on dans votre bibliothèque ?

Particulièrement ceux que je viens de citer, et tout un tas de romans dont je ne me souviens plus ni du titre ni des noms, sauf Autant en emporte le vent que j'ai dû lire au moins trois fois, puis Désirée d'Anne-Marie Selinko. Je me souviens aussi de Antony Adverse par Hervey Allen. Bon, je ne vais pas tous les nommer, ce serait trop long, même si je ne lis plus beaucoup. Il faut ajouter un ou deux auteurs actuels. J'adore Amélie Nothomb. Quel esprit ! Marc Levy, Philippe Labro, tous les Martial Debriffe, etc. Ceux qui me poussent sur un coup de tête et que je ne finis pas. Je m’intéresse aussi aux ovnis : je lis en ce moment Révélation. Cela me passionne, ça vaut la peine de s'y arrêter, on peut se poser nombre de questions sur les mensonges des dirigeants, quels que soient les pays. Et puis sur la vie après la vie... Finalement, je suis assez dispersée ! Donc, exemple à ne pas suivre....

Que vous apporte l’écriture ?

Oh ! beaucoup ! Évasion, besoin d'imaginer, de communiquer avec un public. Vous savez, pour les gens qui, comme moi, ont fait face à des publics, c'est une façon de donner aux autres, d'avoir un contact avec « l'humain », en somme, tendre une main vers les autres dans leur cœur, m'y blottir en leur disant : « Voilà, nous sommes ensemble ! »

Propos recueillis par Joseph Vebret

Katia Valère, Le Dernier refrain, Éditions De Borée, juin 2017, 510 pages, 22 €

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